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Droit26 mai 2026·5 min de lecture

Agence web et freelance : votre responsabilité face au bouton de rétractation du 19 juin 2026

Au 19 juin 2026, le bouton de rétractation devient obligatoire sur les sites e-commerce. Pour les agences et développeurs freelances, la question n'est pas seulement celle de leurs clients : le devoir de conseil et la responsabilité contractuelle sont engagés. Ce qu'il faut savoir, et comment couvrir tout un parc de sites à temps.

Anis Mokadym

Fondateur de BackToMe

Si vous gérez des sites e-commerce pour des clients, le 19 juin 2026 ne concerne pas que ces clients. Il vous concerne aussi. À cette date, l'article L.221-21 du Code de la consommation impose une fonctionnalité numérique permanente de rétractation sur tout site vendant à des consommateurs. La plupart des sites que vous avez livrés ou que vous maintenez ne l'ont pas.

La vraie question pour une agence ou un freelance n'est donc pas « mes clients sont-ils exposés ? » (ils le sont), mais « suis-je exposé avec eux ? ». La réponse dépend de votre contrat et de votre obligation d'information, et elle mérite d'être regardée froidement avant l'échéance.

Ce que la loi impose au 19 juin 2026

Le décret n°2026-3Legifrance, pris en application de l'article L.221-21 du Code de la consommationLegifrance, oblige tout professionnel vendant à distance à des consommateurs à proposer une fonctionnalité en ligne, permanente et facilement accessible, permettant d'exercer le droit de rétractation. C'est ce que le décret appelle la fonctionnalité « Renoncer au contrat ».

Concrètement, cela couvre la quasi-totalité des sites B2C : boutiques de produits physiques, services à distance, et tout particulièrement les SaaS et abonnements, pour lesquels les 14 premiers jours après souscription relèvent du droit de rétractation. Un site marchand sans cette fonctionnalité au 19 juin est en infraction, quel que soit son CMS.

Le devoir de conseil de l'agence et du freelance

Un prestataire technique n'est pas un simple exécutant. La jurisprudence reconnaît de longue date que le professionnel de l'informatique est tenu d'un devoir de conseil et d'information envers son client, y compris sur les contraintes réglementaires qui affectent l'objet de sa prestation. Ce devoir est d'autant plus fort que le client est lui-même profane en la matière.

Cela ne signifie pas qu'une agence devient automatiquement responsable de la conformité de chaque site qu'elle a touché. L'étendue de l'obligation dépend du périmètre contractuel :

Ce qui module votre responsabilité

  • Un contrat de maintenance ou de TMA en cours : le devoir de conseil est continu. Garder le silence sur une obligation légale connue, qui rend le site non conforme, est le scénario le plus risqué.
  • Une livraison ponctuelle, projet clôturé : votre responsabilité est plus limitée, mais une information écrite à vos anciens clients reste un réflexe sain, et un excellent prétexte commercial.
  • Une mission de refonte ou de conseil e-commerce : l'obligation est la plus large, car la conformité fait partie intégrante de la qualité attendue du livrable.

Dans tous les cas, le risque n'est pas tant d'avoir mal fait que de n'avoir rien dit. Un client qui découvre après coup qu'il était en infraction, alors que son agence connaissait l'échéance et s'est tue, a un grief légitime. À l'inverse, une agence qui a alerté ses clients par écrit, proposé une solution, et documenté ses recommandations, a parfaitement rempli son devoir, que le client ait suivi ou non.

Le risque concret que vos clients ne voient pas encore

C'est là que l'argument se vend tout seul auprès de vos clients, parce que l'enjeu dépasse l'amende.

La sanction administrative. Le manquement à l'obligation d'information sur la rétractation expose à une amende prononcée par la DGCCRF, plafonnée à 15 000 € pour une personne physique et 75 000 € pour une personne morale (article L.242-13). Pour la plupart de vos clients en société, c'est le second plafond qui s'applique. Vous pouvez détailler la procédure sur notre page dédiée aux sanctions DGCCRF.

Le risque de trésorerie, bien plus lourd. À défaut d'information conforme sur le droit de rétractation, le délai de rétractation n'est pas de 14 jours mais s'étend automatiquement à 12 mois et 14 jours (article L.221-20Legifrance). Autrement dit : chaque vente conclue sur un site non conforme reste contestable pendant plus d'un an. Le consommateur qui se rétracte dans ce délai prolongé a droit au remboursement intégral dans les 14 jours, sous peine de majorations automatiques (article L.242-4). Sur un portefeuille de boutiques actives, c'est un passif latent qui peut peser bien plus que 75 000 €.

Pour vos clients, vous êtes la personne la mieux placée pour expliquer ce risque. C'est exactement ce qui transforme une obligation subie en opportunité de mission.

Comment couvrir tout un parc de sites avant le 19 juin

Recoder une infrastructure d'archivage horodaté et un formulaire conforme, site par site, avant l'échéance, n'est pas réaliste. C'est précisément pour ça que la solution est standardisée : un script unique, qui se pose en quelques minutes via Google Tag Manager, et qui fonctionne indépendamment du CMS (Shopify, PrestaShop, WooCommerce, ou facturation Stripe).

Deux étapes, pensées pour la gestion de parc :

  1. Auditer d'abord. Notre outil d'audit batch, gratuit et sans inscription, scanne toutes les URL de vos clients d'un coup et identifie les sites exposés. Vous en sortez une liste priorisée, et un argumentaire chiffré à présenter à chaque client.
  2. Déployer ensuite, à votre marge. Le programme partenaire donne accès à un tarif de gros (20 € HT/site/mois au lieu de 25 €) avec facturation centralisée. Vous intégrez la conformité à vos contrats de maintenance et vous générez du revenu récurrent, au lieu d'absorber une contrainte.

Le bon réflexe

Documentez votre démarche : un email d'alerte à chaque client, une proposition de mise en conformité, et la trace de la décision. Vous remplissez votre devoir de conseil, et vous ouvrez une mission facturable sur un sujet où vous êtes légitime.

En résumé

Le 19 juin 2026 n'est pas qu'un risque pour vos clients : c'est un test de votre devoir de conseil. L'agence ou le freelance qui alerte, propose une solution et documente ses recommandations se protège et se valorise. Celle qui se tait s'expose, et laisse filer une opportunité que ses concurrents saisiront. L'audit de votre parc prend quelques minutes : c'est le point de départ le plus simple.

Anis Mokadym

Fondateur de BackToMe

Art. L.221-21 · 19 juin 2026

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