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Droit19 juin 2026·3 min de lecture

Le client a utilisé le produit : pouvez-vous réduire le remboursement ?

Un client se rétracte mais a manifestement utilisé l'article. Vous ne pouvez pas refuser le remboursement, mais vous pouvez parfois en retenir une partie au titre de la dépréciation. Ce que permet vraiment l'article L.221-23, à quelles conditions, et comment le documenter sans s'exposer.

Anis Mokadym

Fondateur de BackToMe

C'est l'une des situations les plus tendues du service client : un client exerce son droit de rétractation, mais l'article revient visiblement utilisé. Premier réflexe fréquent, et première erreur : refuser le remboursement. Le droit ne vous l'autorise pas. En revanche, il vous permet, dans certains cas, d'en retenir une partie. Voici la ligne exacte, posée par l'article L.221-23.

Le client a le droit d'essayer

Le point de départ est non négociable : le consommateur peut manipuler et essayer le bien pour en établir la nature, les caractéristiques et le bon fonctionnement, exactement comme il le ferait en magasin. Essayer un vêtement, allumer un appareil, ouvrir une boîte pour regarder le produit : tout cela est permis et ne justifie aucun refus de remboursement.

Refuser un remboursement au seul motif que « le client l'a utilisé » est donc un refus à tort, et l'un des manquements que la DGCCRF sanctionne le plus volontiers.

Ce que permet la dépréciation

L'article L.221-23 prévoit que le consommateur engage sa responsabilité en cas de dépréciation du bien résultant de manipulations autres que celles nécessaires pour établir la nature, les caractéristiques et le bon fonctionnement du produit.

Autrement dit : si le client est allé au-delà du simple essai et a effectivement déprécié le bien, vous pouvez retenir le montant de cette dépréciation sur le remboursement. Vous ne refusez pas le remboursement, vous le réduisez à hauteur de la perte de valeur. La nuance est tout sauf cosmétique : refuser, c'est illégal ; déduire une dépréciation justifiée, c'est permis.

Quelques exemples de manipulations qui dépassent l'essai :

  • un vêtement porté de façon prolongée, taché, lavé ou dont les étiquettes ont été retirées ;
  • un appareil électronique présentant des rayures d'usage, des heures d'utilisation manifestes ou des accessoires manquants ;
  • un produit dont l'emballage indispensable à la revente a été détruit au-delà de ce qu'imposait l'ouverture.

La condition que beaucoup oublient

Il y a un garde-fou en faveur du consommateur, souvent ignoré : la responsabilité du client pour la dépréciation ne peut être engagée que si vous l'avez correctement informé de son droit de rétractation. Si l'information n'a pas été fournie dans les règles, le client n'est pas responsable de la dépréciation, et vous devez rembourser intégralement.

C'est une raison de plus de soigner l'information précontractuelle et les CGV : elle conditionne non seulement le délai, mais aussi votre capacité à retenir une dépréciation.

Une retenue proportionnée et justifiée

La dépréciation n'est pas une sanction ni un forfait dissuasif. Le montant retenu doit correspondre à la perte de valeur réelle et pouvoir être justifié. Une retenue arbitraire ou disproportionnée vous fait basculer du bon côté au mauvais côté du droit.

En pratique, mieux vaut pouvoir documenter l'état du bien : constat à réception, photos datées, description précise de ce qui dépasse l'essai normal. En cas de contestation, c'est à vous de démontrer la dépréciation et son ampleur.

Le lien avec la preuve

Tout cela se joue sur des faits : la demande est-elle arrivée dans les délais, dans quel état le bien est-il revenu, le client avait-il été informé ? Le jour d'un litige, ces faits doivent pouvoir s'établir. C'est pourquoi un dispositif de rétractation qui conserve une trace horodatée de chaque demande, couplé à votre propre documentation de l'état des retours, vous met en position solide. Voir notre dossier sur la valeur probante de la preuve de rétractation.

En résumé : on ne refuse pas, on déduit, et seulement quand c'est justifié et qu'on a informé le client. Pour le détail des cas où la rétractation ne s'applique pas du tout, voir les 13 exceptions.

Anis Mokadym

Fondateur de BackToMe

Art. L.221-21 · 19 juin 2026

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